OSSIP ZADKINE 1890-1967
S’il est souvent rattaché au Cubisme, son œuvre s’en distingue par une fidélité constante à la figure humaine, envisagée non comme un objet d’analyse formelle mais comme le réceptacle d’une expérience existentielle et spirituelle. Dès les années 1910, Zadkine adopte les principes cubistes de fragmentation et de construction par plans, tout en leur insufflant une dimension organique et sensuelle. Plutôt que de tendre vers une abstraction radicale, il préserve toujours la lisibilité du corps, dont il explore les tensions internes, les déséquilibres et les élans.
Cette approche le rapproche d’un Cubisme lyrique, dans lequel la forme devient le vecteur d’émotions profondes plutôt qu’un simple exercice de décomposition visuelle. Après la Seconde Guerre mondiale, cette orientation humaniste s’affirme avec force : la sculpture de Zadkine se fait plus méditative et plus ample, portée par une quête de réconciliation à la fois intérieure et collective.
Le retour de la fille prodigue, conçu entre 1953 et 1956, appartient pleinement à cette période de maturité. L’œuvre témoigne d’un artiste qui, après les ruptures et les violences du siècle, réaffirme la figure humaine comme un espace de réparation morale. Le thème du retour, récurrent dans son œuvre tardive, fait écho à l’expérience de l’exil, du déracinement et de la perte, vécue tant sur le plan personnel qu’historique.
Profondément marqué par la destruction de son atelier parisien pendant la guerre et par la tragédie européenne, Zadkine conçoit désormais la sculpture comme un acte de reconstruction, presque de consolation.
La réinterprétation du récit biblique à travers la figure de la fille prodigue révèle également sa liberté face aux traditions iconographiques. En substituant une figure féminine au protagoniste masculin, l’artiste déplace l’accent du jugement moral vers l’intimité affective.
Cette transformation ne relève pas d’une provocation, mais d’une volonté d’universalisation : la fille prodigue incarne moins une identité précise qu’une humanité vulnérable, en quête d’accueil et de reconnaissance. Cette lecture rejoint la vision profondément humaniste de Zadkine, pour qui la sculpture devait « parler de l’homme à l’homme ».
Sur le plan formel, l’œuvre synthétise les recherches plastiques menées tout au long de sa carrière. Les corps, construits à partir de volumes imbriqués et de plans anguleux, conservent la mémoire du Cubisme tout en s’en affranchissant. La fragmentation n’est plus analytique mais expressive : elle traduit les fractures intérieures des figures autant que leur réunification progressive.
Les torsions et les déséquilibres confèrent à l’ensemble une tension dynamique, tandis que la verticalité affirmée de la composition suggère une élévation spirituelle, proche d’un mouvement de résurrection. Le bronze à patine brune, matériau privilégié de Zadkine dans ses œuvres monumentales comme dans ses formats intermédiaires, participe pleinement à la force expressive de la sculpture.
Sa surface dense et vibrante capte la lumière de manière irrégulière, révélant les aspérités et les rythmes internes de la forme. Cette relation entre matière et lumière, essentielle chez Zadkine, confère à ses sculptures une présence presque charnelle, où le poids du bronze semble paradoxalement animé d’un souffle intérieur.
Provenance
Gordon Hamilton Southam, Ottawa (acquis auprès de l'artiste en 1966, puis par descendance, jusqu'en 2011 au moins).Collection privée, Chicago.
Vente, Sotheby's, New York, mai 2015.
Acquis lors de la vente susmentionnée par l'ancien propriétaire.
Vente Christie's, New-York, novembre 2025.
Exhibitions
Kunsthaus Zürich, Ossip Zadkine: Skulpturen, Tapisserien, Zeichnungen, 1965, no. 77.
Cologne, Kunsthaus Lempertz, Ossip Zadkine: Skulpturen, Tapisserien, Zeichnungen, 1966, no. 45.
المنشورات
I. Jianou, Zadkine, Paris, 1979, p. 87, n° 390.
I. Jianou, La sculpture moderne en France depuis 1950, Paris, 1982, p. 205 (autre moulage illustré).
Musée Zadkine, éd., Sculptures, Paris, 1989, p. 165, n° 163 (autre moulage illustré).
S. Lecombre, Ossip Zadkine : L'Œuvre sculptée, Paris, 1994, p. 503, n° 443 (autre moulage illustré).