YVES KLEIN
Judokas
Gouache sur papier
31 x 24 cm
Monogrammé en bas à droite : Y K
Réalisée à la gouache, cette composition d’Yves Klein s’inscrit dans un moment fondateur de son parcours, où la pratique du judo et la découverte de la culture japonaise nourrissent directement...
Réalisée à la gouache, cette composition d’Yves Klein s’inscrit dans un moment fondateur de son parcours, où la pratique du judo et la découverte de la culture japonaise nourrissent directement son langage plastique. Avant même l’affirmation de ses célèbres monochromes, Klein développe une écriture graphique libre et spontanée, profondément marquée par son expérience orientale et par une conception du geste comme vecteur d’énergie.
Le sujet, centré sur des figures de judokas, renvoie à un engagement personnel déterminant. Entre la fin des années 1940 et le début des années 1950, l’artiste se consacre intensément à cet art martial, qu’il considère comme une véritable discipline spirituelle. Son séjour au Japon en 1952, où il obtient un haut grade, constitue une étape décisive : il y découvre une conception du corps et du mouvement fondée sur la circulation de l’énergie et la maîtrise intérieure. Le judo devient ainsi pour Klein bien plus qu’un motif iconographique ; il constitue un modèle conceptuel, une véritable transposition de la création artistique, où le geste procède d’une concentration extrême de forces invisibles.
Cette dimension est pleinement perceptible dans la feuille. Les corps ne sont pas décrits de manière anatomique mais suggérés par quelques lignes fluides et colorées, presque calligraphiques. Les figures semblent en mouvement, comme suspendues dans l’instant d’une projection ou d’un déséquilibre. L’espace lui-même, ponctué de touches bleues évoquant une surface aquatique ou un champ immatériel, participe à cette sensation de flottement. Klein ne cherche pas à représenter une scène réaliste de combat, mais à capter l’énergie invisible qui circule entre les corps, cette tension dynamique propre au judo. L’influence de la calligraphie japonaise est ici manifeste : le trait, rapide et continu, privilégie l’élan à la précision descriptive. Il s’apparente à une écriture du geste, où chaque ligne traduit une impulsion intérieure plutôt qu’une observation extérieure. Cette approche rejoint la conception même de l’art chez Klein, pour qui l’œuvre est avant tout la trace d’une expérience sensible et immatérielle.
La palette, vive et réduite, composée de rouges, de bleus et de jaunes, accentue encore cette immédiateté. Les couleurs ne modèlent pas les volumes mais structurent la surface, fonctionnant comme des signes. Elles contribuent à donner à la composition une apparente simplicité, presque ludique, qui dissimule en réalité une réflexion profonde sur le mouvement, le vide et l’énergie. Le motif animal, esquissé avec la même liberté dans la partie supérieure, introduit une dimension plus instinctive, presque archaïque, qui dialogue avec la figure humaine et renforce l’idée d’un monde animé par des forces communes.
Cette feuille témoigne plus largement de la familiarité de Klein avec ce type d’exécution rapide et spontanée, que l’on retrouve dans divers dessins et annotations graphiques au sein de son œuvre. Cette pratique trouve un écho particulièrement significatif dans Dimanche 27 novembre 1960, le journal d’un seul jour entièrement conçu par l’artiste, dans lequel apparaissent plusieurs figures de judokas tracées avec la même liberté graphique. Ces dessins, à la fois rapides et essentiels, attestent de la permanence de ce motif dans sa pensée et de son rôle structurant dans l’élaboration de son langage plastique.
Par sa liberté d’exécution, sa dimension expérimentale et la place centrale accordée au geste, cette gouache apparaît ainsi comme un jalon significatif dans l’évolution de l’artiste, annonçant déjà ses recherches ultérieures sur l’immatériel, le vide et la présence invisible qui traversent l’ensemble de son œuvre. Exposée dans le cadre de l’exposition Yves Klein : rêver dans le rêve des autres à la Fondation Opale en 2022–2023, elle illustre avec une grande immédiateté la manière dont l’expérience japonaise a profondément structuré, dès l’origine, la vision et la pratique de Klein.
Le sujet, centré sur des figures de judokas, renvoie à un engagement personnel déterminant. Entre la fin des années 1940 et le début des années 1950, l’artiste se consacre intensément à cet art martial, qu’il considère comme une véritable discipline spirituelle. Son séjour au Japon en 1952, où il obtient un haut grade, constitue une étape décisive : il y découvre une conception du corps et du mouvement fondée sur la circulation de l’énergie et la maîtrise intérieure. Le judo devient ainsi pour Klein bien plus qu’un motif iconographique ; il constitue un modèle conceptuel, une véritable transposition de la création artistique, où le geste procède d’une concentration extrême de forces invisibles.
Cette dimension est pleinement perceptible dans la feuille. Les corps ne sont pas décrits de manière anatomique mais suggérés par quelques lignes fluides et colorées, presque calligraphiques. Les figures semblent en mouvement, comme suspendues dans l’instant d’une projection ou d’un déséquilibre. L’espace lui-même, ponctué de touches bleues évoquant une surface aquatique ou un champ immatériel, participe à cette sensation de flottement. Klein ne cherche pas à représenter une scène réaliste de combat, mais à capter l’énergie invisible qui circule entre les corps, cette tension dynamique propre au judo. L’influence de la calligraphie japonaise est ici manifeste : le trait, rapide et continu, privilégie l’élan à la précision descriptive. Il s’apparente à une écriture du geste, où chaque ligne traduit une impulsion intérieure plutôt qu’une observation extérieure. Cette approche rejoint la conception même de l’art chez Klein, pour qui l’œuvre est avant tout la trace d’une expérience sensible et immatérielle.
La palette, vive et réduite, composée de rouges, de bleus et de jaunes, accentue encore cette immédiateté. Les couleurs ne modèlent pas les volumes mais structurent la surface, fonctionnant comme des signes. Elles contribuent à donner à la composition une apparente simplicité, presque ludique, qui dissimule en réalité une réflexion profonde sur le mouvement, le vide et l’énergie. Le motif animal, esquissé avec la même liberté dans la partie supérieure, introduit une dimension plus instinctive, presque archaïque, qui dialogue avec la figure humaine et renforce l’idée d’un monde animé par des forces communes.
Cette feuille témoigne plus largement de la familiarité de Klein avec ce type d’exécution rapide et spontanée, que l’on retrouve dans divers dessins et annotations graphiques au sein de son œuvre. Cette pratique trouve un écho particulièrement significatif dans Dimanche 27 novembre 1960, le journal d’un seul jour entièrement conçu par l’artiste, dans lequel apparaissent plusieurs figures de judokas tracées avec la même liberté graphique. Ces dessins, à la fois rapides et essentiels, attestent de la permanence de ce motif dans sa pensée et de son rôle structurant dans l’élaboration de son langage plastique.
Par sa liberté d’exécution, sa dimension expérimentale et la place centrale accordée au geste, cette gouache apparaît ainsi comme un jalon significatif dans l’évolution de l’artiste, annonçant déjà ses recherches ultérieures sur l’immatériel, le vide et la présence invisible qui traversent l’ensemble de son œuvre. Exposée dans le cadre de l’exposition Yves Klein : rêver dans le rêve des autres à la Fondation Opale en 2022–2023, elle illustre avec une grande immédiateté la manière dont l’expérience japonaise a profondément structuré, dès l’origine, la vision et la pratique de Klein.
Provenance
Collection privée.Vente Ader, Paris, 2026.
Exhibitions
Lens, Fondation Opale, Yves Klein : rêver dans le rêve des autres, 10 décembre 2022 - 16 avril 2023, catalogue, reproduit p. 117.Newsletter
* denotes required fields
We will process the personal data you have supplied to communicate with you in accordance with our Privacy Policy. You can unsubscribe or change your preferences at any time by clicking the link in our emails.