PIERRE BONNARD 1867-1947
Roses, circa 1943
Huile sur toile
37,7 x 41 cm
64,5 x 67,5 cm (avec cadre)
64,5 x 67,5 cm (avec cadre)
Signé en bas à gauche : Bonnard
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Ce tableau, Les Roses (1943), de Pierre Bonnard, s'inscrit dans la dernière période de l'artiste, alors installé au Cannet. À travers ce bouquet posé sur une table, Bonnard ne propose...
Ce tableau, Les Roses (1943), de Pierre Bonnard, s'inscrit dans la dernière période de l'artiste, alors installé au Cannet. À travers ce bouquet posé sur une table, Bonnard ne propose pas une simple nature morte, mais une véritable expérience picturale où se mêlent sensualité, mémoire et recherche formelle.
L'un des éléments les plus frappants de la composition est la place envahissante de la nappe rouge-orangé, qui occupe presque tout l'espace pictural. Cette surface frontale, saturée de couleur et ponctuée de motifs dorés, tend à écraser la profondeur traditionnelle. La table semble se redresser, presque devenir un mur, brouillant les repères spatiaux. Le bouquet de roses, quant à lui, est vu en légère plongée, ce qui crée une tension entre la perception du volume et l'aplatissement de l'arrière-plan.
Cette technique correspond à une pratique bien connue chez Bonnard, mise en lumière par Michel Terrasse : l'artiste superpose différents points de vue au sein d'une même œuvre. On retrouve ce procédé dans d'autres toiles comme La Nappe à carreaux (vers 1939), où la construction de l'espace repose sur une pluralité de perspectives plutôt que sur une cohérence géométrique classique.
La couleur joue ici un rôle central. Le rouge intense de la nappe contraste avec les verts vibrants du feuillage et les roses délicats du bouquet. Ces couleurs, loin d'être naturalistes, sont choisies pour leur puissance expressive. Elles créent une atmosphère chaude, presque tactile, qui donne au tableau une dimension sensuelle. La matière picturale, appliquée en touches souples et parfois presque translucides, laisse apparaître la texture de la toile et renforce cette impression de vibration.
Cette liberté dans l'usage de la couleur et de la forme s'inscrit dans l'héritage des Nabis, dont Bonnard est l'une des figures majeures. Les Nabis privilégient la surface, la subjectivité et la puissance décorative de la peinture. Cependant, Bonnard dépasse ce cadre en développant une approche très personnelle, où la mémoire et la sensation priment sur la vision directe.
Le motif du bouquet de roses, chargé de connotations affectives et sensuelles, n'est pas choisi au hasard. Bonnard y revient à plusieurs reprises tout au long de sa carrière. Mais en 1943, ce motif devient aussi le lieu d'une réflexion sur la peinture elle-même. Lors d'un échange avec Angèle Lamothe, l'artiste confie sa méfiance vis-à-vis du réel : il explique qu'en peignant directement un bouquet, il risque de se laisser absorber par les détails, de « peindre des roses » plutôt que de faire œuvre de peintre. Il insiste sur la nécessité de s'éloigner du motif, de travailler en atelier, afin de préserver l'idée initiale et de ne pas céder à la simple séduction de l'objet.
L'un des éléments les plus frappants de la composition est la place envahissante de la nappe rouge-orangé, qui occupe presque tout l'espace pictural. Cette surface frontale, saturée de couleur et ponctuée de motifs dorés, tend à écraser la profondeur traditionnelle. La table semble se redresser, presque devenir un mur, brouillant les repères spatiaux. Le bouquet de roses, quant à lui, est vu en légère plongée, ce qui crée une tension entre la perception du volume et l'aplatissement de l'arrière-plan.
Cette technique correspond à une pratique bien connue chez Bonnard, mise en lumière par Michel Terrasse : l'artiste superpose différents points de vue au sein d'une même œuvre. On retrouve ce procédé dans d'autres toiles comme La Nappe à carreaux (vers 1939), où la construction de l'espace repose sur une pluralité de perspectives plutôt que sur une cohérence géométrique classique.
La couleur joue ici un rôle central. Le rouge intense de la nappe contraste avec les verts vibrants du feuillage et les roses délicats du bouquet. Ces couleurs, loin d'être naturalistes, sont choisies pour leur puissance expressive. Elles créent une atmosphère chaude, presque tactile, qui donne au tableau une dimension sensuelle. La matière picturale, appliquée en touches souples et parfois presque translucides, laisse apparaître la texture de la toile et renforce cette impression de vibration.
Cette liberté dans l'usage de la couleur et de la forme s'inscrit dans l'héritage des Nabis, dont Bonnard est l'une des figures majeures. Les Nabis privilégient la surface, la subjectivité et la puissance décorative de la peinture. Cependant, Bonnard dépasse ce cadre en développant une approche très personnelle, où la mémoire et la sensation priment sur la vision directe.
Le motif du bouquet de roses, chargé de connotations affectives et sensuelles, n'est pas choisi au hasard. Bonnard y revient à plusieurs reprises tout au long de sa carrière. Mais en 1943, ce motif devient aussi le lieu d'une réflexion sur la peinture elle-même. Lors d'un échange avec Angèle Lamothe, l'artiste confie sa méfiance vis-à-vis du réel : il explique qu'en peignant directement un bouquet, il risque de se laisser absorber par les détails, de « peindre des roses » plutôt que de faire œuvre de peintre. Il insiste sur la nécessité de s'éloigner du motif, de travailler en atelier, afin de préserver l'idée initiale et de ne pas céder à la simple séduction de l'objet.
Provenance
Atelier de l'artiste.Collection Claude Terrasse.
Puis par descendance à l'ancien propriétaire.
Vente Christie's, Paris, 2026.
Exhibitions
Munich, Haus der Kunst et Paris, Musée de l'Orangerie des Tuileries, Pierre Bonnard, Centenaire de sa naissance, octobre 1966-avril 1967.المنشورات
A. Terrasse, Pierre Bonnard, Paris, 1967, illustré en couleurs p. 165.
R. Cogniat, Bonnard, Paris, 1968, illustré en couleurs p. 83.
J. et H. Dauberville, Bonnard, Catalogue raisonné de l'œuvre peint, 1940-1947 et supplément 1887-1939, Paris, 1974, vol. IV, illustré sous le n°1628, p.60.
M. Terrasse, Bonnard, from the Drawings to the Paintings, Paris, 1996, illustré en couleurs p. 268.
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