HENRI MANGUIN 1874-1949
Ce décor doit beaucoup à la couverture bariolée, véritable explosion de couleurs et de motifs ethniques, qui occupe une large partie de la composition. Cette étoffe, ornée de dessins rappelant des tapis orientaux ou des textiles berbères, joue un rôle essentiel dans l’atmosphère du tableau. Ses motifs irréguliers, presque naïfs, semblent évoquer un imaginaire lointain, fait de cultures populaires et de traditions artisanales. Manguin affectionne ces tissus d’ailleurs, témoins du goût de la Belle Époque pour l’Orient, l’Afrique du Nord ou la Méditerranée. Ici, la couverture n’est pas un simple accessoire décoratif : elle devient le contrepoint vivant du corps endormi, un monde de signes et de couleurs qui intensifie la sensualité de la scène.Le dialogue entre la chair douce de petite Marie et la richesse visuelle de cette étoffe crée un contraste saisissant. Les formes rondes du modèle se superposent à la géométrie libre des motifs ; les tons chauds du corps répondent aux verts profonds, aux bleus vibrants et aux touches rougeâtres du tissu.
Ce jeu visuel renforce l’impression d’un rêve coloré, où le réel se mêle à la fantaisie décorative. L’orientalisme discret de la couverture fait écho à la longue tradition occidentale du nu dans un cadre exotique, du harem fantasmé de Boucher aux odalisques d’Ingres, mais transposé ici dans un langage pictural. La toile incarne parfaitement caractéristique de Manguin : une sensualité paisible, une harmonie lumineuse et une attention profonde aux matières, aux couleurs et aux objets du quotidien. Elle témoigne de l’importance de la couleur non seulement pour définir les volumes, mais pour construire un univers visuel entier où chaque élément, du corps endormi à la couverture bariolée, participe à la poésie de la scène. À travers ce mélange d’intimité et d’exotisme, l’œuvre exprime pleinement ce qui fait la singularité de Manguin au sein de l’avant-garde : une célébration de la beauté simple, de la lumière et de la douceur de vivre.
Provenance
Galerie E. Druet, Paris, acquis directement auprès de l'artiste en avril 1912 (étiquette).Collection Arthur Hahnloser, Winterthur.
Collection Lucie Druet, Paris, 1927.
Collection privée, France, 1938, acquis auprès de la précédente.
Richard Green Gallery, Londres.
Collection privée, Londres.
Vente Koller, novembre 2025.
Expositions
Paris, Quai d'Orsay, Société des Artistes Indépendants, 28e exposition, 1912.
Paris, Galerie E. Druet, Manguin, 1913.
Roanne, Musée des Beaux-Arts et d'Archéologie Joseph Déchelette, Henri Lebasque, Henri Manguin. Palettes postimpressionnistes et fauvistes en Méditerranée, 2008 (étiquette).
Les Baux-de-Provence, Musée Yves Brayer, Fauvisme et Harmonie – autour d'Henri Manguin, 2019 (étiquette).