PABLO PICASSO 1881-1973
Le Peintre, 1967
Huile sur toile d'origine
Cadre en bois sculpté et doré, XVIIème siècle, Italie.
Cadre en bois sculpté et doré, XVIIème siècle, Italie.
100 x 81 cm
144,5 x 124 cm (avec cadre)
144,5 x 124 cm (avec cadre)
Certificat d'authenticité délivré par Madame Paloma Ruiz-Picasso et Madame Diana Widmaier-Ruiz-Picasso, en date du 19 novembre 2024.
Daté et signé en haut à gauche : 21.2.67 ; Picasso
Daté et numéroté sur le châssis : 21.2.67 ; I
Daté et numéroté sur le châssis : 21.2.67 ; I
Pablo Picasso est un artiste exposé à la Galerie HELENE BAILLY MARCILHAC. Au début de l'année 1966, alors qu'il se remet d'une opération à Notre-Dame-de Vie à Mougins, Picasso se...
Pablo Picasso est un artiste exposé à la Galerie HELENE BAILLY MARCILHAC.
Au début de l'année 1966, alors qu'il se remet d'une opération à Notre-Dame-de Vie à Mougins, Picasso se plonge au cours de sa convalescence dans la lecture des Trois Mousquetaires d'Alexandre Dumas fixant un point focal. A ce moment-là, un nouveau personnage fait son entrée dans ses œuvres : le mousquetaire, ou plutôt une version ibérique du cavalier du XVIIe siècle, proche de l'hidalgo, ce noble espagnol désinvolte, aussi habile avec son épée qu'audacieux en amour. Picasso s'identifie à ce personnage romanesque, courageux et viril. Le mousquetaire est également un prétexte parfait pour exprimer son admiration pour Rembrandt, Greco, Vélasquez et d'autres grands peintres du passé. En référence à ces artistes, Picasso se mesure à eux tout en affirmant qu'il appartenait à cette lignée de grands-maîtres. Le mousquetaire est le personnage idéal pour cette approche sérielle de Picasso.
Ainsi, à cette époque, ses œuvres abondent en portraits d'hommes arborant des barbichettes élégantes, des longs cheveux ondulés, des pourpoints, des dentelles et des collets montés. Avec sa moustache sophistiquée, sa crinière bouclée et son costume traditionnel, le Mousquetaire est instantanément reconnaissable dans l’œuvre du peintre.
Les mousquetaires de Picasso possèdent tous les mêmes caractéristiques physiques notamment de grands yeux hypnotiques, rieurs ou encore mélancoliques. Le gentilhomme du Siècle d’or, mi-espagnol mi-hollandais témoigne du retour aux sources littéraires mais également aux origines hispaniques de Picasso.
Au début de l’année 1967, le mousquetaire prend un pinceau et devient peintre tel que l’on peut l’observer dans notre tableau Le Peintre mousquetaire aux deux visages. Réalisée le 21 février 1967, cette huile sur toile représente l’emblématique mousquetaire transformé en peintre. Ici, l’artiste associe les deux sujets en peignant les attributs propres à chacun : Au lieu d’une lance ou d’une épée, il le pare d’un pinceau et d’une palette pour le peintre tout en conservant les cheveux longs bouclés, la barbichette et la collerette du mousquetaire. L’artiste se transforme en un gentilhomme empanaché, issu des pages de Cervantès ou inspiré des peintures de Rembrandt et Velasquez. « C’est arrivé quand Picasso s’est mis à étudier Rembrandt » confiait son épouse Jacqueline à Malraux. Ce personnage à la double identité affirme la créativité éternelle de Picasso, alors qu'il lutte avec défiance contre le passage du temps grâce à son génie artistique. Vu à la fois de face et de profil, ce peintre mousquetaire est typique de l’écriture Picassienne : hachures parallèles et tourbillons pour la blouse, moustache et barbe en patte de mouche et gribouillis enchevêtrés pour la chevelure. Reconnaissable au premier coup d’œil, ce personnage arbore des couleurs appliquées de manière fluide : des gris, des bleus, des bruns et des noirs pour le visage contrastant avec un surprenant orange vibrant pour la palette.
À cette période, Picasso se tourne vers le dépouillement et la spontanéité. Il se focalise sur le sentiment d’immédiateté en se détachant de la perspective. La tête du mousquetaire est ici simplifiée, brossée par de larges et vifs coups de pinceau. Les aplats colorés construisent la figure qui est ensuite rehaussée. Dans cette œuvre, Picasso joue avec notre perception en proposant deux visages. Un de face et le même vu, cette fois-ci en début de 3/4. Un épais trait noir symbolisant le nez scinde le visage créant un second visage. Cet effet d’optique est aussi amené par l’utilisation de deux différentes teintes de gris pour le visage et le positionnement asymétrique des yeux : La pupille de l’œil droit du mousquetaire vu de face est légèrement déviée à gauche servant à créer également l’œil droit du second visage vu de ¾. Le pinceau se fait allègre, courant rapidement sur la toile. Ce vaillant chevalier n’a qu’un œil ouvert, une posture qui accompagne le geste d’un peintre pour estimer la proportion et la perspective.
Un peintre peut choisir de fermer un œil dans certaines situations pour mieux évaluer les proportions et les perspectives de la scène qu'il peint. En fermant un œil, il réduit le nombre de points de vue binoculaires et simplifie ainsi la perception de la profondeur. Cela peut aider à mieux visualiser la composition et à créer une représentation plus précise sur la toile. Fermer un œil est particulièrement utile dans les arts visuels, tels que la peinture et le dessin, où la représentation spatiale et la perspective jouent un rôle crucial.
Ces jeux de perceptions arrivent dans l’œuvre de Picasso dès les années 1930 lorsqu’il se détache totalement du réalisme et du portrait traditionnel en mettant au point ce qui deviendra sa signature, héritée du cubisme : visualiser sur une surface plane la face et le profil d’une même personne. En tant qu'artiste visionnaire, il s'harmonise avec les avancées scientifiques du XXIe siècle, lesquelles transcendent l'apparence visuelle. Après la dernière guerre, Picasso opère une synthèse de tous ses styles antérieurs particulièrement perceptible dans les portraits qu'il réalise entre les années 1950 et 1973. Ce jeu de perception visuelle est maintes fois réitéré dans ses œuvres picturales. En 1964, l’huile sur toile « Barbu au trois visages » préfigure exactement le même concept notre tableau. Ce portrait d’homme de face, se compose en fait de trois visages observables selon divers angles de vue.
Par ce tableau, Picasso rend également hommage à l'œuvre de deux peintres qu'il a adorés tout au long de sa vie, Diego Vélasquez et Rembrandt van Rijn. C'est à travers ses réinterprétations et ses recherches sur les Grands Maîtres que Picasso a réaffirmé sa place dans le domaine de l'histoire de l'art occidental. Comme le note Gert Schiff dans le catalogue accompagnant l'exposition fondatrice de 1984 au Musée Guggenheim dédiée aux dernières œuvres de Picasso, "Beaucoup de ces mousquetaires sont d'une manière générale liés à des portraits de Rembrandt, même s'il n'est pas toujours possible de pointer des prototypes spécifiques. Ce qui reste des modèles est souvent simplement quelque chose des traits d'un visage sillonné, un regard scrutateur, une tête de cheveux et une barbe ébouriffée. Cependant, peu de mousquetaires restent reconnaissablement 'néerlandais'. Dans la plupart, le climat spirituel est plus proche d'El Greco, de Vélasquez, de Murillo ou d'Antolinez. Même les plus schématiques sont imprégnés de ferveur espagnole, sont des hidalgos plutôt que des staalmeesters" (Exh. Cat., New York, The Solomon R. Guggenheim Museum, Picasso, The Last Years, 1963-1973, 1983, pp. 36-37). C'est le cas de l'œuvre présente ; la composition globale et les vêtements du sujet évoquent clairement le portrait traditionnel néerlandais, tandis que les traits de son visage, en particulier les cheveux et les yeux, sont indéniablement d'Europe du Sud.
Au cours des dernières années de sa carrière, Picasso déploie une énergie inépuisable pour lutter contre les affres du temps. Chaque œuvre qu’il réalise devient une partie de lui-même, une parcelle de vie et un acte de résistance face au temps qui passe. Les portraits de Mousquetaires n’appréhendent pas l’avenir mais évoquent le passé, la tentative pour l’artiste de capturer éternellement l’innocence et la spontanéité qui le fit vibrer tout au long de sa vie. Reflet de sa personnalité, ce personnage plus enclin à l’amour qu’à la guerre donne une nouvelle jeunesse à l’artiste qui ne cesse de s’y identifier.
Au début de l'année 1966, alors qu'il se remet d'une opération à Notre-Dame-de Vie à Mougins, Picasso se plonge au cours de sa convalescence dans la lecture des Trois Mousquetaires d'Alexandre Dumas fixant un point focal. A ce moment-là, un nouveau personnage fait son entrée dans ses œuvres : le mousquetaire, ou plutôt une version ibérique du cavalier du XVIIe siècle, proche de l'hidalgo, ce noble espagnol désinvolte, aussi habile avec son épée qu'audacieux en amour. Picasso s'identifie à ce personnage romanesque, courageux et viril. Le mousquetaire est également un prétexte parfait pour exprimer son admiration pour Rembrandt, Greco, Vélasquez et d'autres grands peintres du passé. En référence à ces artistes, Picasso se mesure à eux tout en affirmant qu'il appartenait à cette lignée de grands-maîtres. Le mousquetaire est le personnage idéal pour cette approche sérielle de Picasso.
Ainsi, à cette époque, ses œuvres abondent en portraits d'hommes arborant des barbichettes élégantes, des longs cheveux ondulés, des pourpoints, des dentelles et des collets montés. Avec sa moustache sophistiquée, sa crinière bouclée et son costume traditionnel, le Mousquetaire est instantanément reconnaissable dans l’œuvre du peintre.
Les mousquetaires de Picasso possèdent tous les mêmes caractéristiques physiques notamment de grands yeux hypnotiques, rieurs ou encore mélancoliques. Le gentilhomme du Siècle d’or, mi-espagnol mi-hollandais témoigne du retour aux sources littéraires mais également aux origines hispaniques de Picasso.
Au début de l’année 1967, le mousquetaire prend un pinceau et devient peintre tel que l’on peut l’observer dans notre tableau Le Peintre mousquetaire aux deux visages. Réalisée le 21 février 1967, cette huile sur toile représente l’emblématique mousquetaire transformé en peintre. Ici, l’artiste associe les deux sujets en peignant les attributs propres à chacun : Au lieu d’une lance ou d’une épée, il le pare d’un pinceau et d’une palette pour le peintre tout en conservant les cheveux longs bouclés, la barbichette et la collerette du mousquetaire. L’artiste se transforme en un gentilhomme empanaché, issu des pages de Cervantès ou inspiré des peintures de Rembrandt et Velasquez. « C’est arrivé quand Picasso s’est mis à étudier Rembrandt » confiait son épouse Jacqueline à Malraux. Ce personnage à la double identité affirme la créativité éternelle de Picasso, alors qu'il lutte avec défiance contre le passage du temps grâce à son génie artistique. Vu à la fois de face et de profil, ce peintre mousquetaire est typique de l’écriture Picassienne : hachures parallèles et tourbillons pour la blouse, moustache et barbe en patte de mouche et gribouillis enchevêtrés pour la chevelure. Reconnaissable au premier coup d’œil, ce personnage arbore des couleurs appliquées de manière fluide : des gris, des bleus, des bruns et des noirs pour le visage contrastant avec un surprenant orange vibrant pour la palette.
À cette période, Picasso se tourne vers le dépouillement et la spontanéité. Il se focalise sur le sentiment d’immédiateté en se détachant de la perspective. La tête du mousquetaire est ici simplifiée, brossée par de larges et vifs coups de pinceau. Les aplats colorés construisent la figure qui est ensuite rehaussée. Dans cette œuvre, Picasso joue avec notre perception en proposant deux visages. Un de face et le même vu, cette fois-ci en début de 3/4. Un épais trait noir symbolisant le nez scinde le visage créant un second visage. Cet effet d’optique est aussi amené par l’utilisation de deux différentes teintes de gris pour le visage et le positionnement asymétrique des yeux : La pupille de l’œil droit du mousquetaire vu de face est légèrement déviée à gauche servant à créer également l’œil droit du second visage vu de ¾. Le pinceau se fait allègre, courant rapidement sur la toile. Ce vaillant chevalier n’a qu’un œil ouvert, une posture qui accompagne le geste d’un peintre pour estimer la proportion et la perspective.
Un peintre peut choisir de fermer un œil dans certaines situations pour mieux évaluer les proportions et les perspectives de la scène qu'il peint. En fermant un œil, il réduit le nombre de points de vue binoculaires et simplifie ainsi la perception de la profondeur. Cela peut aider à mieux visualiser la composition et à créer une représentation plus précise sur la toile. Fermer un œil est particulièrement utile dans les arts visuels, tels que la peinture et le dessin, où la représentation spatiale et la perspective jouent un rôle crucial.
Ces jeux de perceptions arrivent dans l’œuvre de Picasso dès les années 1930 lorsqu’il se détache totalement du réalisme et du portrait traditionnel en mettant au point ce qui deviendra sa signature, héritée du cubisme : visualiser sur une surface plane la face et le profil d’une même personne. En tant qu'artiste visionnaire, il s'harmonise avec les avancées scientifiques du XXIe siècle, lesquelles transcendent l'apparence visuelle. Après la dernière guerre, Picasso opère une synthèse de tous ses styles antérieurs particulièrement perceptible dans les portraits qu'il réalise entre les années 1950 et 1973. Ce jeu de perception visuelle est maintes fois réitéré dans ses œuvres picturales. En 1964, l’huile sur toile « Barbu au trois visages » préfigure exactement le même concept notre tableau. Ce portrait d’homme de face, se compose en fait de trois visages observables selon divers angles de vue.
Par ce tableau, Picasso rend également hommage à l'œuvre de deux peintres qu'il a adorés tout au long de sa vie, Diego Vélasquez et Rembrandt van Rijn. C'est à travers ses réinterprétations et ses recherches sur les Grands Maîtres que Picasso a réaffirmé sa place dans le domaine de l'histoire de l'art occidental. Comme le note Gert Schiff dans le catalogue accompagnant l'exposition fondatrice de 1984 au Musée Guggenheim dédiée aux dernières œuvres de Picasso, "Beaucoup de ces mousquetaires sont d'une manière générale liés à des portraits de Rembrandt, même s'il n'est pas toujours possible de pointer des prototypes spécifiques. Ce qui reste des modèles est souvent simplement quelque chose des traits d'un visage sillonné, un regard scrutateur, une tête de cheveux et une barbe ébouriffée. Cependant, peu de mousquetaires restent reconnaissablement 'néerlandais'. Dans la plupart, le climat spirituel est plus proche d'El Greco, de Vélasquez, de Murillo ou d'Antolinez. Même les plus schématiques sont imprégnés de ferveur espagnole, sont des hidalgos plutôt que des staalmeesters" (Exh. Cat., New York, The Solomon R. Guggenheim Museum, Picasso, The Last Years, 1963-1973, 1983, pp. 36-37). C'est le cas de l'œuvre présente ; la composition globale et les vêtements du sujet évoquent clairement le portrait traditionnel néerlandais, tandis que les traits de son visage, en particulier les cheveux et les yeux, sont indéniablement d'Europe du Sud.
Au cours des dernières années de sa carrière, Picasso déploie une énergie inépuisable pour lutter contre les affres du temps. Chaque œuvre qu’il réalise devient une partie de lui-même, une parcelle de vie et un acte de résistance face au temps qui passe. Les portraits de Mousquetaires n’appréhendent pas l’avenir mais évoquent le passé, la tentative pour l’artiste de capturer éternellement l’innocence et la spontanéité qui le fit vibrer tout au long de sa vie. Reflet de sa personnalité, ce personnage plus enclin à l’amour qu’à la guerre donne une nouvelle jeunesse à l’artiste qui ne cesse de s’y identifier.
Provenance
Galerie Louise Leiris.
Galerie Tamanega (étiquette).
Collection Pierre et Jeannine Consten.Vente SVV Farrando, mai 2023.
Expositions
Galerie Tamenaga (étiquette au dos).
Exposition Internationale du Figuratif, Tokyo, Japon, 1971.
Catalogues
Christian Zervos, Pablo Picasso Vol.25 - oeuvres de 1965 et 1967, Editions «Cahiers d’art», Paris, 1972, n° 281, reproduit en noir et blanc pl. 126.Catalogue Exposition Internationale du Figuratif, 1971, éd. Tokyo ado banku, reproduit en couleurs.
Alan Wofsy, The Picasso's Project, Paintings, Watercolors, Drawings and Sculpture, The Sixties II 1964-1967n Enlarged Second Edition, San Francisco 2023, p. 302, no. 67-075.