PIERRE-AUGUSTE RENOIR 1841-1919
Étude pour Œdipe, 1895
Huile sur toile d'origine
40 x 27 cm
61 x 48 cm (avec cadre)
61 x 48 cm (avec cadre)
Cette œuvre sera incluse dans le Catalogue Raisonné Digital actuellement en préparation par le Wildenstein Plattner Institute. Avis d'inclusion en date du 8 octobre 2013. Cette œuvre figurera dans le deuxième supplément du Catalogue raisonné des tableaux, pastels, dessins et aquarelles de Renoir, actuellement en cours d'élaboration par Guy-Patrice et Floriane Dauberville. Avis d'inclusion en date du 29 mai 1986.
Cadre en bois doré et sculpté, Italie, XVIIème siècle.
Réalisée en 1895, Femme drapée à la romaine appartient à un ensemble particulièrement rare d'études préparatoires exécutées par Renoir pour son ambitieux tableau Œdipe, aujourd'hui considéré comme l'une des manifestations...
Réalisée en 1895, Femme drapée à la romaine appartient à un ensemble particulièrement rare d'études préparatoires exécutées par Renoir pour son ambitieux tableau Œdipe, aujourd'hui considéré comme l'une des manifestations les plus abouties de son retour à la peinture d'histoire.
À une époque où l'art français se détourne largement des grands sujets académiques, Renoir entreprend paradoxalement de renouer avec la tradition classique, non pour en retrouver la rigueur narrative, mais pour lui insuffler une sensualité nouvelle, propre à son univers pictural. Le thème d'Œdipe, emprunté à la tragédie antique de Sophocle, constitue depuis le XVIIIᵉ siècle un sujet privilégié des peintres d'histoire. Ingres, Flandrin ou encore Gustave Moreau avaient déjà donné leur propre interprétation du mythe. Renoir choisit toutefois une approche radicalement différente. Là où ses prédécesseurs privilégient le drame psychologique ou la tension héroïque, il s'intéresse avant tout à la présence des corps, à la qualité tactile des étoffes et à l'harmonie plastique des figures. Le récit devient presque secondaire au profit d'une recherche essentiellement picturale.
La présente étude représente l'une des figures féminines destinées à prendre place dans cette vaste composition. Drapée d'un ample manteau blanc aux riches bordures dorées, elle évoque moins un personnage précisément identifié qu'une incarnation idéale de l'Antiquité. Son attitude suspendue, son regard tourné vers le spectateur et la fluidité de son mouvement témoignent du travail de Renoir sur l'équilibre général de la scène. L'artiste cherche ici moins à fixer une pose définitive qu'à éprouver le rythme visuel de la figure dans l'espace.
Depuis son voyage en Italie, en 1881, Renoir nourrit une admiration profonde pour Raphaël, Titien et, surtout, pour les fresques antiques découvertes à Pompéi. Cette fascination marque durablement sa peinture. Après la crise dite « ingresque » des années 1880, il développe progressivement une synthèse entre le dessin classique et la vibration colorée héritée de l'impressionnisme. Dans les années 1890, cette recherche atteint une parfaite maturité : les figures acquièrent une monumentalité nouvelle sans jamais perdre leur douceur ni leur luminosité.
Femme drapée à la romaine illustre admirablement cette évolution. La construction de la silhouette est volontairement simple, presque sculpturale. Les volumes sont définis par la couleur davantage que par le dessin, tandis que les contours semblent se dissoudre dans une lumière diffuse. Les réserves laissées apparentes et la rapidité de certaines touches rappellent que cette toile est avant tout un instrument de recherche, exécuté directement devant le modèle.
Le traitement du drapé constitue le véritable sujet de cette étude. Renoir retrouve ici une préoccupation essentielle de la peinture antique : faire vivre le corps sous le tissu. Les larges plis du manteau ne dissimulent pas le corps ; ils en prolongent le mouvement. Les vêtements, construits par une succession de gris argentés, de bleus froids, d'ocres et de roses très légers, captent la lumière avec une subtilité exceptionnelle. Les bordures dorées, simplement suggérées, apportent un raffinement décoratif qui rappelle les étoffes vénitiennes admirées par Renoir en Italie.
Le visage, traité avec une grande économie de moyens, conserve toute la fraîcheur de l'étude. Quelques touches suffisent à modeler les paupières, la bouche et les joues légèrement rosées. Cette spontanéité est précisément ce qui confère à l'œuvre sa force. Loin du tableau achevé, où chaque élément doit trouver sa place dans la narration, l'étude révèle le dialogue immédiat entre l'artiste et son modèle.
Les études préparatoires de Renoir pour ses compositions mythologiques sont aujourd'hui beaucoup plus rares que ses portraits ou ses paysages. Elles permettent de pénétrer au cœur de son processus créatif. Contrairement aux cartons académiques très élaborés de la génération précédente, Renoir travaille directement en peinture. Chaque étude est une expérimentation autonome au cours de laquelle il recherche la justesse d'une attitude, l'accord d'une harmonie colorée ou le mouvement d'un drapé avant leur intégration dans la composition finale.
La provenance de cette toile est particulièrement remarquable. Elle fut conservée par Ambroise Vollard, le plus important marchand de Renoir à partir des années 1890. Vollard fut non seulement le principal diffuseur de l'œuvre de Renoir, mais également l'un des premiers collectionneurs à reconnaître l'importance des études préparatoires, qu'il considérait comme les témoignages les plus directs du génie créateur de l'artiste.
À une époque où l'art français se détourne largement des grands sujets académiques, Renoir entreprend paradoxalement de renouer avec la tradition classique, non pour en retrouver la rigueur narrative, mais pour lui insuffler une sensualité nouvelle, propre à son univers pictural. Le thème d'Œdipe, emprunté à la tragédie antique de Sophocle, constitue depuis le XVIIIᵉ siècle un sujet privilégié des peintres d'histoire. Ingres, Flandrin ou encore Gustave Moreau avaient déjà donné leur propre interprétation du mythe. Renoir choisit toutefois une approche radicalement différente. Là où ses prédécesseurs privilégient le drame psychologique ou la tension héroïque, il s'intéresse avant tout à la présence des corps, à la qualité tactile des étoffes et à l'harmonie plastique des figures. Le récit devient presque secondaire au profit d'une recherche essentiellement picturale.
La présente étude représente l'une des figures féminines destinées à prendre place dans cette vaste composition. Drapée d'un ample manteau blanc aux riches bordures dorées, elle évoque moins un personnage précisément identifié qu'une incarnation idéale de l'Antiquité. Son attitude suspendue, son regard tourné vers le spectateur et la fluidité de son mouvement témoignent du travail de Renoir sur l'équilibre général de la scène. L'artiste cherche ici moins à fixer une pose définitive qu'à éprouver le rythme visuel de la figure dans l'espace.
Depuis son voyage en Italie, en 1881, Renoir nourrit une admiration profonde pour Raphaël, Titien et, surtout, pour les fresques antiques découvertes à Pompéi. Cette fascination marque durablement sa peinture. Après la crise dite « ingresque » des années 1880, il développe progressivement une synthèse entre le dessin classique et la vibration colorée héritée de l'impressionnisme. Dans les années 1890, cette recherche atteint une parfaite maturité : les figures acquièrent une monumentalité nouvelle sans jamais perdre leur douceur ni leur luminosité.
Femme drapée à la romaine illustre admirablement cette évolution. La construction de la silhouette est volontairement simple, presque sculpturale. Les volumes sont définis par la couleur davantage que par le dessin, tandis que les contours semblent se dissoudre dans une lumière diffuse. Les réserves laissées apparentes et la rapidité de certaines touches rappellent que cette toile est avant tout un instrument de recherche, exécuté directement devant le modèle.
Le traitement du drapé constitue le véritable sujet de cette étude. Renoir retrouve ici une préoccupation essentielle de la peinture antique : faire vivre le corps sous le tissu. Les larges plis du manteau ne dissimulent pas le corps ; ils en prolongent le mouvement. Les vêtements, construits par une succession de gris argentés, de bleus froids, d'ocres et de roses très légers, captent la lumière avec une subtilité exceptionnelle. Les bordures dorées, simplement suggérées, apportent un raffinement décoratif qui rappelle les étoffes vénitiennes admirées par Renoir en Italie.
Le visage, traité avec une grande économie de moyens, conserve toute la fraîcheur de l'étude. Quelques touches suffisent à modeler les paupières, la bouche et les joues légèrement rosées. Cette spontanéité est précisément ce qui confère à l'œuvre sa force. Loin du tableau achevé, où chaque élément doit trouver sa place dans la narration, l'étude révèle le dialogue immédiat entre l'artiste et son modèle.
Les études préparatoires de Renoir pour ses compositions mythologiques sont aujourd'hui beaucoup plus rares que ses portraits ou ses paysages. Elles permettent de pénétrer au cœur de son processus créatif. Contrairement aux cartons académiques très élaborés de la génération précédente, Renoir travaille directement en peinture. Chaque étude est une expérimentation autonome au cours de laquelle il recherche la justesse d'une attitude, l'accord d'une harmonie colorée ou le mouvement d'un drapé avant leur intégration dans la composition finale.
La provenance de cette toile est particulièrement remarquable. Elle fut conservée par Ambroise Vollard, le plus important marchand de Renoir à partir des années 1890. Vollard fut non seulement le principal diffuseur de l'œuvre de Renoir, mais également l'un des premiers collectionneurs à reconnaître l'importance des études préparatoires, qu'il considérait comme les témoignages les plus directs du génie créateur de l'artiste.
Provenance
Collection Ambroise Vollard, Paris.Collection privée.
Collection Jean Dauberville, Paris.
Collection privée.
Expositions
Cagnes-sur-Mer, Musée Renoir, août 1970.CATALOGUES
Ambroise Vollard, Pierre-Auguste Renoir, tableaux, pastels et dessins, Édition Alan Wofsy Fine Arts, 1999, illustré sous le n° 664, p.168.Guy-Patrice et Michel Dauberville, Renoir, Catalogue Raisonné des tableaux, pastels, dessins et aquarelles, 1895-1902, éditions Bernheim-Jeune, illustré sous le n°2151, p.251 (avec la mention d’une signature à la plume en bas à gauche qui a depuis disparu).
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