REFLECTION, à fleur d'eau: 71, RUE DU FAUBOURG SAINT-HONORÉ, PARIS 8E

19 October 2026 - 4 January 2027
Overview

À la charnière des XIXe et XXe siècles, la représentation de l'eau devient un terrain d'expérimentation privilégié pour les peintres modernes. Motif traditionnel du paysage, elle s'impose, de l'impressionnisme au fauvisme, comme un véritable opérateur plastique, permettant de repenser les rapports entre perception, couleur et construction de l'image.


Oscillant entre immobilité et mouvement, transparence et opacité, l'eau offre aux artistes un espace d'exploration particulièrement fécond. 


Dès Jeune femme au bord de l'eau (1870) de Renoir, la surface liquide se prête à une observation sensible des phénomènes atmosphériques.

Chez les impressionnistes et leurs proches, elle devient le lieu privilégié de la touche fragmentée, captant reflets, vibrations lumineuses et variations climatiques pour traduire une sensation immédiate du réel. 

Les marines de Boudin, les rives urbaines de Hassam, les vues portuaires de Signac, les paysages fluviaux de Loiseau ou de Cariot témoignent de cette attention portée aux effets fugitifs de la lumière sur l'eau.


Avec les artistes de synthèse, le motif s'ordonne. Chez Denis, Marquet ou Lhote, les ports, les lagunes et les rives deviennent des espaces structurés, où la simplification des formes et l'équilibre des masses priment sur la description. L'eau y apparaît comme une surface architecturale, plan stabilisateur qui organise la géométrie du tableau.


Chez les fauves, elle se libère au contraire de toute contrainte descriptive. L'aplat de couleur pure, posé en rythmes contrastés, devient le principe même de la construction de l'espace. Les œuvres de Valtat, Manguin ou Friesz illustrent ce passage d'une peinture de la sensation à une peinture de la couleur affirmée, où l’eau rose sert de support à une nouvelle autonomie du langage pictural.


D'autres encore, de Dufy à Picabia, de Foujita à Chagall, en font le terrain d'écritures plus singulières, où l’eau se prête tour à tour à la fantaisie chromatique, au rêve ou à la fable.


Réunissant des œuvres des années 1870 aux années 1940, Reflection, à fleur d'eau propose une lecture transversale du motif, envisagé non comme un sujet en soi, mais comme un révélateur des transformations majeures de la peinture moderne. Entre vif et calme, mouvement et stabilité, l'exposition met en lumière la manière dont les artistes ont su investir ce motif pour renouveler en profondeur les moyens de la représentation.