Chu Teh-Chun : Entre ombre et lumière

Juillet 17, 2026

Figure majeure de l’abstraction lyrique, Chu Teh-Chun a construit une œuvre profondément singulière, à la rencontre de la tradition picturale chinoise et de la modernité occidentale. Formé en Chine à la peinture classique et à la calligraphie, il s’installe à Paris en 1955, où la découverte de l’abstraction transforme durablement son langage. Sans jamais renoncer à son héritage, il développe une peinture libre dans laquelle le paysage n’est plus représenté, mais ressenti.

 

Le début des années 1970 marque une période particulièrement importante dans la trajectoire de l’artiste. En 1969, une importante rétrospective lui est consacrée dans le cadre de la Biennale de São Paulo, affirmant sa reconnaissance sur la scène internationale. Son langage pictural atteint alors une grande maturité : le geste gagne en liberté, la couleur devient plus vibrante et l’espace se déploie dans une dimension presque cosmique. C’est dans ce contexte que sont réalisées Composition Bleue, en 1970, et N°415, en 1971.

 

CHU TEH-CHUN (1920-2014) Composition Bleue, 1970 © Julien Pépy

 

Dans Composition Bleue, Chu Teh-Chun compose un paysage nocturne dominé par une profonde palette de bleus, traversée d’un large souffle de lumière. Des volutes vert de jade émergent de l’obscurité tandis que quelques touches rouges ponctuent la composition et en accentuent la vibration. Sans jamais représenter un lieu identifiable, l’artiste évoque un paysage intérieur où se rencontrent vide et matière, ombre et lumière.

 

 

CHU TEH-CHUN (1920-2014), N°415, 1971 © Julien Pépy 

 

Réalisée l’année suivante, N°415 offre une vision presque inverse, dominée par la lumière. Les blancs, les gris pâles et les tonalités diffuses composent un espace diaphane, tandis que des formes plus sombres émergent dans la partie inférieure, comme les fragments d’un paysage saisi dans la brume. Le vide y devient une respiration active autour de laquelle s’organisent touches, frottements et lignes plus nerveuses.

 

Dans le cadre de THE SEVENTIES, ces deux peintures révèlent toute la richesse du langage développé par Chu Teh-Chun au tournant de la décennie. Entre ombre et lumière, matière et respiration, Orient et Occident, elles donnent à voir une abstraction profondément poétique, dans laquelle le paysage devient le lieu d’une émotion universelle.

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Lou Pelillo