Jean-Paul Riopelle : La matière en mouvement

Juillet 9, 2026

L’exposition THE SEVENTIES se poursuit jusqu’au 5 septembre. Parmi les œuvres qui en ponctuent le parcours, trois œuvres majeures de Jean-Paul Riopelle (1923-2002) offrent un aperçu exceptionnel de l’évolution de son langage plastique, du milieu des années 1960 au cœur des années 1970. Réunissant deux huiles sur toile et une œuvre sur papier, elles témoignent de la liberté avec laquelle l’artiste renouvelle sans cesse son rapport à la matière, au geste et à la nature.

 

JEAN-PAUL RIOPELLE (1923-2002), Sans titre, 1966 © Cécil Mathieu

 

Réalisé en 1965, année où Riopelle rejoint la galerie Maeght, ce rare tondo de 115 cm de diamètre occupe une place singulière dans son œuvre. L’artiste n’a réalisé qu’un nombre très limité de compositions circulaires, faisant de ce format une véritable exception dans sa production. Travaillée à la truelle, la matière picturale s’organise en un dense relief où les bleus, les verts et les blancs laissent affleurer des accents de rouge et de jaune. Le choix du cercle n’est pas anodin. Chez Riopelle, le tondo évoque à la fois l’infiniment grand, la planète, le paysage et le cosmos, ainsi que l’infiniment petit, celui du regard qui scrute la matière comme au microscope. Cette tension entre le macrocosme et le microcosme nourrit toute sa vision de la nature. Associée à cette palette lumineuse, la forme ronde invite ainsi à une immersion dans un espace où paysage et abstraction se confondent. André Breton voyait dans cette peinture une manière d’atteindre une « unique référence » à la nature, au-delà de toute représentation littérale.

 

JEAN-PAUL RIOPELLE (1923-2002), Sans Titre, 1971  © Julien Pépy

 

Présentée dès 1972 au Centre culturel canadien puis au Musée d'Art moderne de Paris dans le cadre de l’exposition Riopelle, Ficelles et autres jeux, cette œuvre sur papier appartient à une période d’expérimentation particulièrement féconde. À partir de 1971, Riopelle s’inspire des jeux de ficelles pratiqués par les peuples autochtones du Grand Nord canadien.

Sans les reproduire littéralement, il en transpose les principes de tension, de croisement et d’entrelacement dans son vocabulaire plastique, ouvrant son geste à une écriture plus libre, plus aérienne et plus graphique.

 

JEAN-PAUL RIOPELLE (1923-2002), A Field, 1974  © Cécil Mathieu

 

Réalisée en 1974, A Field marque l’aboutissement de cette décennie de recherches. Par son format monumental et la densité exceptionnelle de sa matière, l’œuvre affirme toute la puissance du langage pictural de Riopelle. Appliquée en épais reliefs à la spatule, la peinture construit une surface presque sculptée où chaque touche dialogue avec la suivante dans un équilibre d’une remarquable vitalité. Les tonalités de blé, de terre et de ciel évoquent moins un paysage identifiable qu’une sensation de nature en perpétuelle transformation. La matière, véritable sujet de l’œuvre, capte la lumière, anime la surface et confère au tableau une présence physique saisissante. Comme le rappelait Riopelle, « la nature reste une énigme : on ne la perçoit jamais dans sa totalité. » À travers cette composition magistrale, la peinture devient le lieu même où se révèlent la force, l’énergie et le mystère du monde naturel.

 

Ces trois œuvres retracent une décennie essentielle dans le parcours de Jean-Paul Riopelle, celle d'un artiste qui n'a cessé d'inventer de nouvelles façons de faire dialoguer le geste, la matière et la nature.

Nous serions très heureux de vous accueillir à la galerie pour découvrir cet ensemble exceptionnel, présenté jusqu'au 5 septembre dans le cadre de THE SEVENTIES.

 

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Lou Pelillo